INTRO :
Deux mots résument DJ : séduction et défi. Étudions les en séparant arbitrairement des domaines parfaitement unis en la personne de DJ qui est à lui seul un défi.
Nous verrons ce qu'on appelle libertinage de mœurs et de pensée.
Un mot tout d'abord sur .
À l'amour durable, vainqueur du Temps,
À l'amour communion,
DJ oppose l'inconstance, l'infidélité, la quête perpétuelle et perpétuellement relancée, l'intérêt pour le nouveau, l'amour des commencements et les commencements de l'amour, la passion de la beauté et la soumission à la nature: dév PENTE NATURELLE(III,5). Place consacrée au corps (pensez simplement à sa faim au moment où (IV) une statue de pierre pourrait venir; pensez aux lèvres appétissantes de Charlotte), plaisir, désir énoncés si souvent (et dénoncés par Sg qui parle de chien, de pourceau d'Épicure), tout devait choquer une société accordant tout de même (en principe seulement (pensez aux maîtresses de Louis XIV...)) une large place à la privation et à l'ascétisme.
Voué à la séduction, DJ est le comédien (tirade du séducteur) qui a besoin d'obstacle pour pouvoir vaincre et s'imposer dans une conquête de la femme considérée comme une pièce dans un Jeu.[On retrouve les mêmes images chez Valmont dans LES LIAISONS DANGEREUSES (à suivre)]. Il dupe, abandonne cruellement (cf Elvire), prend plaisir aux larmes de sa femme convertie((IV): il a un peu du prédateur (séduction grossière avec les paysannes) même s'il y a en lui un amateur déclaré de la beauté. Il provoque le romanesque d'Elvire mais ne laisse aucune illusion sur l'amour. Il est l'anti-Tristan*.
[Dans la femme, dans le plaisir pris à la conquérir, dans la volonté d'imposer sa domination, dans la volonté de les quitter, on doit insister sur la notion de séduction (se-ducere=mener à part, séparer, détourner du vrai...) qui dépasse sans doute la femme en elle-même.]
Observez tout de même que le DJ de Molière parle beaucoup d'amour (et son valet en I,1 fait un portrait de grand ' "épouseur à toutes mains") mais les femmes n'occupent qu'un quart de la pièce et il ne réussit pas vraiment dans ses entreprises: il échoue dans l'enlèvement de la jeune promise (naufrage), il doit quitter Charlotte et Mathurine. Dans la suite de la pièce il ne sera plus question de conquête.
•LE DÉFI SOCIAL & MORAL: DJ s'en prend à tout ce qui fait norme, tout en en usant et abusant.[une de ses grandes ambiguïtés ]. Tout ce qui fait loi, norme, à ses yeux est infondé et entre dans la catégorie de l'apparence dont il est le maître.
-certes il conserve des réflexes de classe (il ne comprend pas l'habit d'Elvire en I,3, il sauve Carlos), il profite des interventions de son père auprès du Roi (les a-t-il demandées?), il a des attitudes de hauteur aristocratique (son orgueil à la fin) MAIS, fondamentalement,
-il s'attaque à la famille : il est l'épouseur du genre humain et fait du mariage une formalité vide. Il rejette la famille et en crée plusieurs. Il promet les épousailles aux deux paysannes. Sa cible c'est l'Institution sociale dont le mariage est le plus beau fleuron. Symboliquement, après des tentatives manquées, il veut enlever une future mariée (fin de I)
-Dj, dans le conflit avec son père, défie aussi sa classe, son Nom par son comportement scandaleux: il trahit père, nobles amis du père et confiance ou action du Roi (discours du père en IV)
-il pervertit l'échange social :
-quand il fait répondre à Elvire par son valet grossier.
-quand il n'a aucune reconnaissance pour son sauveur, Pierrot;
-quand il promet (en III) à Carlos en sachant qu'il ne tiendra pas sa parole.
-quand il maltraite le Pauvre (si vous le voyez ainsi).
-quand il se joue méchamment de son gageur Dimanche (dire comment).
-quand il n'honore ni les dettes financières ni les dettes symboliques (le père, dont il souhaite la mort)
Il ne pouvait que trouver la solution de l'hypocrisie : il trompe son père. Beaucoup moins Carlos.
Dj est parfaitement cynique : il détourne à son profit les valeurs qui cimentent la société dominée par sa propre classe aristocratique. Au plan social il est un parasite de sa classe et c'est sa plus grande contradiction, celle qui le rend beaucoup moins fascinant. Il ne délaisse pas les conventions quand elles servent ses intérêts.
»»»»»Dans le même temps il éclaire bien les contradictions morales des autres, souvent par son silence.
Sa valeur c'est le plaisir et son profit personnel. Mais il montre ici et là que ceux qui prétendent avoir une Morale la détournent aussi à leur profit : il montre au Pauvre qu'il n'est pas désintéressé et il fait énoncer à son père l'éloge de la noblesse d'un crocheteur ou mieux encore lui fait avouer ses recours aux aides du Roi...Père qui redevient très (trop?)vite aimant et oublieux du passé de son fils quand ce dernier lui joue le rôle de l'hypocrite (début de V).
=>Dj en bon libertin vit pour le plaisir (et songeons seulement à ce qui nous peut donner du plaisir I,2) et ne tient aucun compte de ce qui est supposé limiter, reprimer, condamner le désir.
COMME LA MORALE SOCIALE d'alors (en dehors de la morale aristocratique) doit beaucoup à la morale religieuse, il est temps d'en venir au point le plus complexe.
LE LIBERTINAGE DE PENSÉE (étant entendu que nous sommes au théâtre et que le personnage n'a pas à faire des dissertations sur sa pensée comme pouvaient le faire les libertins dits érudits comme NAUDÉ).